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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 08:54

Les rejets croissants de CO2 ne perturbent pas seulement le climat, ils ont aussi un impact sur les océans.

Ischia, son port, ses plages, ses ruelles et ses chercheurs… Cette petite île italienne offre un terrain d'expérimentation exceptionnel pour les scientifiques. La qualité des eaux de la Méditerranée qui l'entourent préfigure en effet ce que pourrait devenir dans trente ou quarante ans une partie des océans: une biodiversité amputée d'un tiers, sans plus aucun coquillage ni corail.

En cause, l'acidification de l'eau, autrement dit une diminution du pH liée à une augmentation constante du dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère. «Depuis le début de l'ère industrielle, il y a environ 250 ans, les eaux de surface de l'océan montrent une tendance régulière et croissante à s'acidifier. La hausse est d'environ 30 %», explique Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche au laboratoire d'océanographie de Villefranche- sur-Mer (CNRS, université Pierre-et-Marie-Curie) avec une très nette accélération ces trente dernières années.

Et les projections sur les émissions de dioxyde de carbone montrent que la situation devrait considérablement s'aggraver d'ici à la fin du siècle compte tenu de l'exploitation croissante des énergies fossiles, principales causes des émissions de CO2. Le taux de CO2 dans l'atmosphère passerait de 380 ppm (parties pour million) à 500 ppm (scénario optimiste) ou 1 100 ppm (scénario pessimiste).

 

Prolifération de plantes 

 

Cela ne fait qu'une dizaine d'années que les chercheurs se penchent sur ce problème des océans. «Si le lien entre acidification et CO2 est incontestable, il y a encore énormément d'incertitudes sur les conséquences biologiques», poursuit Jean-Pierre Gattuso, qui pilote le projet de recherche Epoca (European Project on Ocean Acidification). On sait que plus le taux d'acidification est important, plus les espèces ayant des coquilles auront de difficulté à les fabriquer, dans la mesure où le carbonate de calcium qui les compose est attaqué. Cela concerne aussi bien le plancton microscopique à la base de la chaîne alimentaire que les coquillages et mollusques présents sur nos tables, ou encore les coraux… Mais jusqu'à présent «cela n'a pu être observé qu'en laboratoire», explique Jason M. Hall-Spencer, auteur principal d'une étude publiée en juin 2008 dans Nature. Or, la réaction du vivant est extrêmement complexe.

D'où l'intérêt majeur d'Ischia. En effet, les fonds marins qui entourent cette île volcanique relâchent en continu des quantités importantes de CO2. Les mesures au plus près des failles ne sont pas directement utilisables tant la concentration du gaz est élevée, bien au-delà de ce que l'on peut imaginer pour l'atmosphère. Mais plus on s'éloigne des fentes pour effectuer les relevés, plus on trouve des situations comparables aux prévisions d'émissions de CO2 pour les années à venir. «À 200 mètres, la concentration est d'environ 800 ppm, à mi-chemin entre les deux scénarios de rejets de CO2 dans l'atmosphère d'ici à 2100», poursuit encore Jean-Pierre Gattuso. «On constate alors une diminution de 30 % de la biodiversité», explique-t-il. Les espèces côtières typiques avec de nombreux organismes minéraux disparaissent. «On observe une forte diminution du nombre d'oursins, de coquillages et de coraux», rappelle ainsi l'étude de Nature. En revanche, certaines plantes prolifèrent. C'est le cas de la posidonie. Cette plante est importante en Méditerranée. Elle sert de nourriture pour des animaux marins herbivores et de nursery pour de nombreuses espèces. «Malheureusement, il n'y a pas plus de poissons à Ischia qu'ailleurs», regrette Jean-Pierre Gattuso. En outre, l'acidification «pourrait très largement bénéficier à des espèces d'algues invasives», précise l'étude de Nature.

De nombreuses recherches concernent également l'océan Arctique. «Les eaux froides absorbent beaucoup plus de CO2», rappelle Jean-Pierre Gattuso. «En 2050, cet océan sera corrosif pour le calcaire», et il insiste : «Entre 1850 et 2050, l'acidité des océans a été cent fois plus rapide qu'en 55 millions d'années.»

 

TIRE DU FIGARO du 17/09/20010 Marielle COURT

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